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Entre père et mère

Blogue de Danny Raymond
On a beau s’y préparer, devenir papa, ça change une vie! Voici les hauts et les bas de la mienne...
Danny Raymond
4 commentaire(s)
1 519 aperçus

La mort d'un nouveau-né

C'est arrivé à l'automne 2008. Ma collègue et amie AM s'est rendue à l'Hôpital Sainte-Justine. Sur l'heure du lunch, elle avait eu besoin de prendre l'air. Dehors, elle a marché droit vers sa voiture et elle a pris la direction de l'urgence. Vite, l'enfant arrive! Mais il n'a que 26 semaines. Un brin de vie qui tient à un fil, balancé entre la vie et la mort. Après l'accouchement, on sort normalement toutes les larmes de son corps. Un flot de stress, d'anticipation et de fébrilité comprimé qui coule et s'évacue. Pas cette fois-là. Son chum et elle pleuraient de douleurs et de désespoir. La petite Adèle a peu de chance de s'en sortir. Et si elle survit, ce sera à quel prix? Je n'ai pas la réponse. Ses parents ne l'avaient pas non plus. Puis, ils ont pris la décision la plus déchirante de leur vie.

J'ai appris la nouvelle le lendemain, en même temps que les collègues. L'atmosphère du bureau était à trancher au couteau. Nous ressentions un deuil collectif. Je vous le jure, j'étais franchement ébranlé. Pas triste comme : «  Ah, ta voiture neuve est déjà égratignée, comme c'est triste... » Non, triste comme dans « vide ». Comme si la même chose était arrivée à Mélanie, à l'accouchement de notre propre enfant. Paradoxalement, j'étais aussi mal à l'aise. C'est idiot, j'avais peur que Chérie me dise : « Coudonc, ressens-tu quelque chose pour elle, d'être tant touché par sa situation? » Qu'une construction de l'esprit, finalement, qui traduisait maladroitement ma compassion, que je ressentais pour la première fois avec une intensité pareille.

Chérie et moi avons beaucoup parlé de la mort, après. Comment aurait-on réagi si on avait vécu la même tragédie? Qu'est-ce que c'est de perdre un enfant? Elle avait un nom, une chambre décorée qui l'attendait. Vite, vite, chassons l'image! Trop difficile à supporter. Toutes ces pensées nous conduisaient péniblement à AM et à son chum. À leur douleur à eux. À notre désarroi.

J'ai traîné un poing au sternum pendant plusieurs jours. Toutes sortes de souvenirs venaient me frapper, à n'importe quel moment. C'était l'accouchement de Tout-Petit, au terme de 36 heures interminables. C'était quand Chérie s'est battue pour sa vie contre la fièvre dengue hémorragique, en Thaïlande. La mort était passée si près, je m'étais senti si loin, tellement démuni. Le décès de Shawn, mon ami d'enfance. Celui de ma grand-mère, survenu pendant que je nageais avec les dauphins, en Nouvelle-Zélande.

À l'aller-retour de la garderie avec mes deux petits anges, j'étais effrayé qu'il leur arrive quelque chose. Tout à coup, ils avaient l'air si petits, si fragiles. J'aurais voulu m'enfermer avec eux toute la journée, pour les protéger. J'ai un peu peur aujourd'hui encore. Mais je ne le dis pas. Surtout pas aux enfants. Ah, peut-être un peu, au fond.

- Papa, pourquoi tu répètes « je t'aime » tout le temps?

- Connaissez-vous la mort, mes enfants?

- La quoi?

- Oubliez ça. Est-ce que je vous ai déjà dit que je vous aime?

- Oh, papa!


 
 

Commentaires

 

C'est vrai que lorsqu'on a des enfants on se sent interpellés par la mort de d'autres enfants. J'ai tellement pleuré en écoutant deux filles le matin lorsque des mères on parlé du décès de leur enfant avant les fêtes. Mon petit avait 4 ou 5 mois et je tentais d'imaginer ce que je ressentirais si ça arrivait au mien. Je pleurais tellement et çs me faisais tellement mal que je me disais que je n'aurais pas passer au travers. La mort d'un enfant çs doit être terrible. À chaque fois que je regarde le mien, je me trouve chanceuse qu'il soit en santé. Je passe mon temps à l'embrasser et lui dire que je l'aime.

Par

Sonia

  | 27 février 2010 3:04
 

Sonia, je vous comprends vraiment. Et surtout, quoi dire à la personne qui perd son enfant? Moi, j'étais désemparé, je n'ai pas su trouver les bons mots pour réconforter mon amie. Parce qu'il n'y avait rien à dire, vraiment!

Vous avez raison, il faut répéter "je t'aime", le plus souvent possible! Et le dire aux petits comme aux plus grands!

Par

Danny Raymond

  | 1 mars 2010 2:41
 

J'étais enceinte en même temps qu'une amie. Nous sommes parties en même temps à l'hôpital. J'en suis resosortie avec mon bébé tout rose. Et elle avec les bras vides. Son bébé était mort. Quelle déchirure.

Forcément, notre relation a périclité. Trop dur pour elle de voir grandir mon enfant. Mais nous avons pris le temps de nous dire nos sentiments et nos pensées avant de nous quitter.

La compassion entre grandes personnes est trop rare et laisse place à un affreux sentiment de solitude.

Et pourtant.... La compassion est ce qui permet de traverser certains déserts !

Un petit mot de consolation, de condoléances, de soutien, est toujours le bienvenu.

Même si c'est une amie fille et que vous êtes un gars.

Le silence qui entoure un évènement peut laisser croire qu'il n'a pas existé... ou que tout le monde s'en fout. Est-ce vraiment cela ?

Par

Marge

  | 12 mars 2010 11:33
 

Marge, votre témoignage me touche beaucoup!

Surtout votre dernière phrase, criante de vérité, d'empathie et de compassion. Ce sont exactement les mêmes mots qu'a dit mon amie, quand on s'est revu après le terrible événement. Je l'ai alors serrée dans mes bras, beaucoup pour lui témoigner toute mon amitié, un peu pour cacher mes larmes qui montaient.

Comme en ce moment. Merci.

Danny

Par

Danny Raymond

  | 12 mars 2010 11:47
 
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