Mon fils entretient une relation trouble avec les mascottes. Je l'ai compris à notre dernier voyage de rêve à Disneyland. Ah! Disneyland, un monde parfait bâti sur mesure pour les enfants. Les ballons multicolores flottent sur des bouffées de sucres d’orge. Notre hôtel joue les airs de notre enfance. Pendant que Chérie nous inscrit à la conciergerie, je remarque un attroupement d'enfants au fond du hall.
Quand ça va trop bien dans la vie, une tuile vous tombe inévitablement sur la tête. La tuile, c'est Dingo-la-Gaffe, mon personnage maudit. Pour Chérie, c'est le signe magique d'une semaine de rêve à venir! Pour moi, c'est un monstre d’insignifiance qui promène 8 pieds de poils et un sourire niais. Maman me fait signe d'aller faire la queue : elle veut une photo de fiston avec Dingo. Une demi-heure plus tard, il accueille Tout-Petit avec des simagrées. Rien de mieux qu’un bon silence pour mettre tout le monde à l’aise. Les yeux exorbités, Junior est tétanisé sur place. Devinez à qui revient la responsabilité de briser la glace? Votre serviteur! En plus, Dingo est muet en anglais. Aussi maladroit que la peluche, j'essaie de traduire ses signes.

« Ne pleure pas, mon gars, il ne te veut pas de mal, il essaie seulement d'être gentil avec toi! » Les sanglots empirent. Je me tourne vers Dingo. « He’s just a little bit affraid Mr. Dingo. And sorry, we only speak French… » Pourquoi est-ce que j'ai dit ça? C'est la fébrilité. D'habitude, j'ai le mode relations publiques facile, mais là, ne pas parler avec une mascotte reste ma première expérience!
Le malaise s'installe. Comme ces secondes de silence qui vous séparent du premier baiser. Le pauvre Dingo se donne à fond dans la gestuelle pour arrêter mon fils de hurler. Chérie règle tranquillement l'appareil photo, et me fait signe de me coller un peu plus, de sourire, de me redresser... Les autres parents retiennent leurs marmailles à 2 mains et tout le monde attend le moment magique. « Well, would you like to hug Dingo? » J'ai lancé la phrase, sans trop penser. Le petit est terrifié et moi, dans un éclair de génie, je le force au câlin. Je le soulève de force pour l'amener vers Dingo, mais il se débat vigoureusement. Il me balance accidentellement son meilleur coup de pied dans l'entrejambe au moment où Chérie prend la photo. Clic! Je dépose le petit qui n'a jamais arrêté de courir et décampe en flèche. Tordu de douleur, je sens une grosse paluche me tapoter le dos.
Chérie avait raison, Dingo est VRAIMENT un signe magique!