Un père est génétiquement programmé pour agir à contresens de la mère. C'est mon analyse darwinienne.
J'en ai eu la révélation quand je manipulais la machine à café, cette semaine. Le détail est très important, puisque je préparais le « café » au lait pour les enfants. Une tasse à espresso d'adulte remplie d'une goutte de lait chaud mélangée au chocolat en poudre, beaucoup de mousse, et 10 secondes de pur bonheur. Normalement, c'est le dessert. Moi, je l'ai donné avant le repas principal. Surtout avant l'arrivée de maman, partie enregistrer son émission de radio du dimanche. Erreur.
— Bonjour les amours! Vous n'étiez pas censés m'attendre avant de manger?
— C'est ce qu'on a fait Chérie, on n'a pas encore dîné!
— Pourquoi alors êtes-vous en train de boire du café au lait avec des biscuits?
— Ben quoi, on en avait le goût, tout simplement!
— ...
Ces fameux silences, qui ébranlent plus que mille reproches. Ils ne laissent aucune réplique possible, seulement les remords.
Mais des remords pour quoi, au fond? Je me suis alors demandé pourquoi il fallait toujours faire les choses normalement. La normalité, c'est l'univers de maman. La liste des objets à se rappeler avant de partir en voyage : débarbouillette humide, vêtements de rechange, tous les groupes alimentaires font partie des collations et des repas, un chandail contre le vent frais, un léger chandail pour l'air chaud, et j'en passe.
Mon instinct paternel, lui, prend une forme plutôt minimaliste. Un brin de soleil se montre et hop!, les gilets sans manches, les shorts et les sandales. Pour lire dans l'agenda des enfants, quand je passe les chercher en fin de journée, la note de l'éducatrice qui suggère fortement de prévoir des vêtements plus chauds à l'avenir!
Ou bien les batailles avec mon garçon, juste après le souper. Je l'admets, il a déjà vomi après une séance intense de tourniquet aérien. Mais on avait tellement rigolé juste avant! Et ma petite fille, que j'adore chatouiller. Un conseil, messieurs, évitez de le faire à table, en mangeant... Fou rire et craquelins secs ne font apparemment pas bon ménage!
Sans parler de ma dernière visite monoparentale chez mes parents à Sherbrooke. J'avais oublié d'apporter la suce de Toute-Petite et son biberon... Et quelle crise elle avait piquée, à la hauteur de L'Ange-Gardien, pendant les 90 minutes qui nous séparent de la destination! Si Chérie avait su que j'avais aussi oublié les couches et sa poupée préférée, j'étais cuit! Heureusement qu'après, mes grimaces incessantes et la rencontre avec ses grands-parents ont enfin réussi à lui enlever ce petit teint écarlate qui semblait lui coller à la peau.
Ce sont ces situations magiques qui, au fond, rendent la présence de papa si éblouissante, rafraîchissante, déstabilisante même! Ces oublis, ces moments d'inattention, ces désinvoltures créent la sensation de vivre une aventure chaque fois!
Chérie dit que je pourrais m'en passer. Elle a sûrement raison! Mais moi, je préfère lui montrer le bonheur multiplié des enfants qui retrouvent la sécurité, le réconfort et l'attention minutieuse de leur mère après.
Et à quel point, au fond, on forme une merveilleuse équipe.
Bonne fête des Pères!