Chez nous, il y a deux stationnements. Celui pour la voiture, qui se trouve quelque part devant la maison. L'autre est réservé au sous-sol, juste en face de la télévision. C'est là où j'y parque les enfants sur le grand canapé brun. En semaine, le parcomètre n’est payé que pour une demi-heure, pas une seconde de plus. « Après l'émission, c'est le bain, d'accord les petits choux? » Je dis toujours la même chose, ils ne répondent même plus!
Je n'ai pas trop de remords, du fait que c'est la seule période de la journée ou Chérie et moi avons du temps seul ensemble. La touche « play » de l'appareil est notre équivalent du bouton qui peut déclencher la 3e Guerre mondiale. Go! 30 minutes au décompte sans interruption.
Elle me déballe sa journée entre deux assiettes sales à rincer. Je lui raconte ensuite les faits saillants de la mienne. Il me semble oublier des choses importantes à lui raconter. Je sors mon iPod où j'ai noté les points à discuter. « Je t'ai aussi donné accès à mon agenda électronique. Comme ça, on pourra mieux synchroniser nos vies! » Chérie, sûrement la dernière sur Terre à partager mon enthousiasme techno, me fait signe de déposer mon jouet et de continuer à passer le balai en même temps qu'on discute. J'allais lui citer une étude sur l'incapacité du cerveau humain à réaliser efficacement deux tâches en même temps, quand les enfants m'ont appelé. « Papa, viens écouter la télé avec nous! »
De toutes les décisions importantes à prendre dans une journée, celle-ci reste honnêtement pour moi la plus déchirante à trancher. D'un côté, j'aimerais bien finir la 4e parenthèse laissée en suspend tout à l'heure en discutant avec ma blonde. Ce temps de ménage est devenu l'équivalent moderne de nos petits moments passés à discuter tranquillement devant un verre, dans notre ancienne vie.
D'un autre côté, j'ai juste envie de me faufiler entre mes deux enfants, leurs petites têtes de poupées blotties contre moi. Un îlot de calme dans le flot déchaîné de la journée. Je les bouscule dès le réveil, mes pauvres trésors. Vite, on s'habille pour la garderie. Vite, on déjeune. Vite, dans l'auto. Toujours plus vite jusqu'au stationnement devant la télé... le seul moment où j'en profite pour aller faire du MÉNAGE!
Cette semaine, le non-sens m'a sauté au visage. Mon balai est tombé par-dessus le tas de petites graines. J'ai lancé la guenille de Chérie au fond de l'évier. Je lui ai attrapé la main pour la conduire jusqu'au canapé brun. On s'est glissé chacun dans le petit trou libre entre les enfants. On s'est collé les uns contre les autres pour faire une boule d'amour, comme le faisaient les gars dans ma série télévisée fétiche, Minuit le soir.
Pour oublier les soucis. Pour oublier les remords. Une pause simplement pour profiter du moment d'être en famille.