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Blogue de Danny Raymond
On a beau s’y préparer, devenir papa, ça change une vie! Voici les hauts et les bas de la mienne...
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La semaine dernière, à Les missions de Danny
Fistonne s'arrache enfin de l'attraction gravitationnelle de maman. J'en profite pour jeter la vieille pinte de lait imaginaire avec la photo de ma fille dessus. Je regagne ainsi ma place, reprend ma fille, convoque Garçon en conseil et propose une mission à trois. Expédition centre-ville en métro.
Cette semaine, à Les missions de Danny - Le départ
Je jette un dernier coup d'oeil à la maison avant de sortir. Les ronds de poêle ont l'air éteints. Les portes sont verrouillées. La guenille traîne encore sur la table, signe indéniable pour Chérie qu'un ménage a bien été amorcé, mais à l'évidence abandonné au profit d'une plus grande urgence. Le chrono indique 10 minutes, Yes, et l'équipée se tient sur le perron, prête à partir. Tout un contraste avec les 10 000 vérifications de maman, quand elle coordonne la sortie de la maison!
Le trajet
Arrivé au métro, je donne mes instructions. « Écoutez-moi bien. Nous n'avons qu'une petite ration de nourriture, pas d'eau, que les vêtements de base (traduction : départ un peu rapide, quelques oublis essentiels et pas assez chaudement vêtu). Il faudra donc marcher un peu plus vite que d'habitude pour garder sa chaleur! » Le visage illuminé des enfants ne ment pas : ils sont ravis!
Dans les wagons du métro, les petits refusent de s'assoir. C'est bien plus amusant de s'agripper aux poteaux. Je me tiens prêt à en attraper un au vol, si le métro freine brusquement. La plupart des voyageurs observent les enfants et me sourient tendrement. Surtout les femmes. Avouons-le, un père qui ose s'aventurer seul avec ses deux petits dégage la puissance virile d'un Brad Pitt flambant nu!
La destination
L'Apple Store, juste là au coin de la rue avec sa pomme incandescente. Aussi merveilleux que le château de Walt Disney. Les enfants traînent la patte. Manque flagrant d'énergie. C'est vrai que le petit-déjeuner remonte déjà à loin... Mais bon, il faut continuer. La magie de l'électronique suffira sûrement à calmer leur appétit. Je leur promets de pouvoir toucher à un iPad s'ils se tiennent tranquilles. Chanceux!
L'émotion
La Sainte-Tablette rayonne de tous ses feux et caresse le visage des trois aventuriers. Un clic plus tard, on regarde Caillou. C'est aussi un peu pour eux aussi que je l'achète, non? « Juste un vilain gadget pour ti-gars », avait déjà rétorqué leur mère, sans aucune considération des infinies promesses de l'appareil sur le couple. Films à louer à partir d'un clic, à regarder coller chaudement au lit, recettes à imprimer... Surtout, SURTOUT le fait de libérer l'ordinateur principal, quelle chance, non? Les enfants ont acquiescé, parfaitement rangés à mes arguments.
La fin
La famille réduite s'est arrêtée à la crêperie du coin. Les enfants, ravis de leur épopée, se délectent du sirop qui déborde de l'assiette. Quant à moi, je rêve de toucher la tablette et enfin de montrer à mon amour tout le bonheur emmagasiné dans un seul objet. Enfin, mon bonheur à moi :)
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Le jour de sa naissance, j'ai perdu ma fille. Elle s'est immédiatement collée sur sa maman, pour ne s'en séparer que 2 1/2 ans plus tard... il y a quelques semaines à peine.
Quand je parle de la situation à mon entourage, la réaction est toujours la même. « Nah, t'exagère mon vieux! » En réplique, je sors toujours mon exemple en puissance, un sommet d'humiliation paternelle.
Une nuit, chérie m'envoie apaiser Toute-Petite, toute en détresse. J'avais même pas avancé ma pantoufle dans la chambre que Pucette m'avait déjà repéré. « NON, PAS PAPA! » Elle agrippe sa suce bien-aimée et la lance sur le mur!
Quelle a été ma réaction? Figé raide. Non, j'ai implosé, en fait. J'ai tourné les talons pour aller me coller en petite boule sur Chérie, qui en avait deux maintenant à consoler.
Au petit-déjeuner du lendemain matin, je mangeais mes céréales à la table familiale devant la pinte de lait, avec l'idée fixe d'y faire imprimer la photo de ma petite fille dessus!
Pendant 2 1/2 ans, donc, c'était toujours la même chose. La petite se cogne : MAAAAAMAAAAAN! Je veux lui faire un câlin, elle refuse, veut maman. J'en étais presque arrivé à supplier de changer ses couches, question d'essayer de profiter d'un petit moment captif. Rien à faire. C'était MAMAN, MAMAN, MAMAN.
Sauf que l'indifférence temporaire (que je pensais éternelle dans mes moments creux) de ma fille m'a rapproché de l'univers de mon fils. Durant cette période, il a développé le goût pour la lutte avec moi. Au sens propre, je veux dire. Un moment tellement attendu pour moi, le jour où j'allais pouvoir me chamailler avec lui, une étape initiatique dans la relation père-fils. Lui et moi, on a couru plus que d'habitude, plus rigolé, plus écouté la télévision. Nous en avons profité encore plus pour développer notre relation de gars en parallèle.
Mais je n'avais pas perdu espoir de gagner le coeur de ma petite fille. Je continuais à placarder la maison d'avis de recherche « Papa cherche sa petite fille ». J'étais triste certains matins. D'autres, complètement fâché. « Attends à l'adolescence, je vais te facturer rétroactivement l'essence pour les 2 mois où toutes ces nuits j'ai roulé en voiture pour calmer tes coliques. Petite ingrate! »
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Un matin de cet été, j'allais finalement jeter la pinte de lait avec ta photo imaginaire dessus. Tu t'es précipitée pour l'empêcher de tomber dans la poubelle. Dans le geste, tu t'es cogné la tête, pauvre Pucette. Résigné, j'ai fait signe à Chérie d'aller te consoler. Tu as repoussé les mains de maman en criant Paaapaaaaaa! Je m'en souviendrai toute ma vie, j'ai failli t'emmener avec moi au travail, tellement je voulais rester collé contre toi toute la journée! Et j'ai remplacé ta photo de la pinte de lait par ta petite bouille souriante, qui me colle toute la journée dans mon portefeuille.
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Chère Catherine,
Je transporte les deux enfants sur mon dos, à quatre pattes. Je m'effondre au sol comme un vieux cheval fatigué, ils sont morts de rire. « Encore, papa, encore! »
En cours de balade, sous les coups de pied au flanc et 75 livres de charge, j'ai eu une pensée pour ton dernier billet J'aurais voulu être un papa. Surtout pour la phrase « Ils (les pères) ne s'embarrassent pas des détails, ni de longues explications. La couleur des vêtements n'est pas un sujet de conversation. Bref, ils ne s'enfargent pas dans les fleurs du tapis. Ils avancent droit devant. Ça doit être reposant. »
En vérité, c'est tout le contraire! S'il veut attirer moindrement l'attention de ses enfants et rivaliser avec la force d'attraction naturelle d'une mère, le père doit chaque jour réinventer un spectacle! Obligé d'être méga cool ou bien de faire des pirouettes fantastiques pour montrer qu'il a bien un petit quelque chose à offrir lui aussi.
Une seconde après la confirmation du test de grossesse positif, il est l'inconnu de la tribu, complètement extérieur aux liens naturels qui unissent avec force l'enfant et sa mère, même 9 mois avant sa naissance. Pour lui, pas de symbiose engendrée par la grossesse. Pas d'allaitement, ce contact apparemment si magique que certaines mamans en font un deuil véritable au sevrage. Le père, lui, se tient à côté du gros ventre rond et il attend, la main sur cette montagne chaude et rassurante, dans l'espoir de sentir un coup de pied. Je me rappelle tellement mon excitation de m'approcher de mon enfant. « Viens mettre ta main, il bouge beaucoup! » J'y apposais les deux pour ne rien rater puis... plus rien. « Il se calme toujours quand tu t'approches, mon amour! » Un père, c'est celui qui tient la cloche de verre avec un village dedans qui fait de la neige quand on le ballote dans tous les sens!
Mes enfants ont grandi, le bibelot de verre a disparu. Trois ans plus tard, ma petite fille tombe par terre, se cogne le coude et crie encore « Maaaaamaaaaannnn! » Je la fixe d'un air en grimace, pour la faire sourire un peu. « Ma grande, nous sommes seuls à la maison. Il n'y a que ton grand frère, toi et moi et ton toutou! Pas de maman à l'horizon! » Et je lui fais un pet en trompette sur le ventre. « Venez, on va aller jouer dehors pour se changer les idées! » Que faire d'autre quand leur premier réflexe reste toujours d'appeler maman? Eh bien, il faut faire une diversion. Le père invente alors rapidement un univers. Il essaie de faire rire, de jouer aux manèges par des voltiges, des pirouettes et des jeux de clowns. Il les hisse sur ses épaules à tour de rôle. Il les garde complètement occupés pour leur faire oublier un instant leur mère. Pour ça, chère collègue et amie, faut pas se poser de question. Faut pas s'inquiéter de la couleur des vêtements ou s'engager dans une explication quelconque. Ces manoeuvres visent simplement à nous faire oublier notre tristesse à nous aussi de voir notre petit garçon tout égratigné. Notre petite puce en pleurs après être tombée du vélo. Pire, la désolation profonde d'être retenu - encore une fois - au bureau. J'appelle à la maison dans ces moments-là, pour demander aux enfants de me dire deux mots. « Non, je ne veux pas parler à papa! » Une main bouche le combiné, j'attends quelques secondes, puis une petite voix murmure à mon oreille.
- Papa, on s'ennuie de toi.
- J'arrive bientôt, mes deux Farlouches à poils!
Ils rigolent au bout du fil. Mes moments de pur bonheur! J'irai les rejoindre au lit tout à l'heure pour leur croquer les lobes d'oreilles, ils adorent ça!
Reposant être père? Pas du tout, mais tellement stimulant ;)
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Les matins où je suis le plus pressé d'arriver au bureau sont toujours ceux où mes enfants sont le plus relax. Ces matins-là sont aussi toujours ceux où Chérie est déjà partie travailler, où les tiroirs de la commode sont à demi vides et où il ne reste que les croûtes de pain pour le déjeuner. Et dans ces moments-là, j'ai toujours l'air du casse-pied en puissance.
Ils demandent à écouter la télé. Je refuse, pas de télé les matins de garderie, vous le savez. Veulent manger des oeufs. Je viens de le dire, on n'a que des croûtes, mes petits chéris! La liste des demandes impossibles continue comme ça, sans finnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn. Et là, je commence à bouillir, ils le savent, et côté spectacle, ils semblent toujours me trouver à mon meilleur dans ces circonstances.
Fiston se remet à chigner et à pleurer. Pfiou, le micron de patience qui me reste vient de prendre le bord. C'est trop, j'arrive presque à la course pour le punir.
- Où est ton autre soulier?
- Je l'ai perdu!

D'habitude, j'aurais interprété sa réaction comme du caprice. Une autre feinte pour que je le trouve à sa place. Et moi, le caprice, je dis non. Ç'aurait été les sandales, un point c'est tout. Mais là, je me suis arrêté une seconde pour constater tout ce courant négatif qui nous allumait depuis le réveil. J'ai pris une grande respiration et je lui ai promis de le retrouver. Le changement de ton l'a figé net. « C'est vrai mon vieux, quand on porte ses souliers neufs pour la première fois, tout luisants avec une petite lumière qui brille à chaque pas, on veut faire bonne impression auprès des amis, non? »
Je me suis revu, tout petit, quand mes parents semblaient toujours repousser le moment de porter mes chaussures neuves. Pour ne pas les salir. Pour ne pas les user trop vite... Ils auraient probablement préféré les laisser dans la vitrine et me donner le droit d'aller les visiter de temps en temps. J'ai donc le pouvoir de changer le cours de l'Histoire.
Je lui ai promis de le retrouver. Allez savoir pourquoi, je l'ai déniché derrière le meuble de la télé. Son bonheur illuminait maintenant toute la pièce! Il nous a fait un spectacle son et lumière, en marchant vers la voiture. Avec le soulier neuf, le sourire de tout le monde est revenu!
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La semaine passée, j’étais seul avec les enfants. Souper, bain, heure du dodo : tout se déroule bien. À 20 h, mes deux boules d’énergie sont au lit, quasiment déchargées. Tout-Petit fonctionne sur sa batterie de secours pour raconter quelques histoires de son cru à ses peluches. Mes tâches parentales sont accomplies avec succès. Je me dis mériter d’aller me caler devant un bon film. Juste avant de m’installer, l’idée me prend de me préparer du popcorn. Un bourdonnement sort de la chambre de Tout-Petit. Tout devient soudainement très clair :
- PapAAAA!!!! Est-ce que tu fais du popcorn?
Ça y’est, il me traque. Je fais semblant de ne pas entendre.
- ÇA SENT LE POPCORN!
Inutile de me cacher, je décide d’aller affronter la bête. Après tout, c’est vrai que ça sent dans toute la maison. Quand je passe ma tête dans le cadre de la porte, je vois Tout-Petit assis sur son lit avec son plus beau sourire enjôleur. Je craque. Chérie n’est pas là, mon film peut attendre quelques minutes et, au fond, un peu de popcorn avant de dormir n’a jamais fait de mal à personne.
- D’accord, je vais t’en donner, mais c’est notre petit secret. Et après, c’est le dodo. Promis?

Est-ce que je crois vraiment qu’il va me répondre « non »? On partage donc du popcorn assis en indien sur son lit. Tout-Petit a les yeux brillants. J’ai l’impression d’avoir le même âge que lui et de partager un trésor. Quand tout est englouti, je quitte la chambre pour enfin aller écouter mon film. C’est alors que le piège se referme.
- Mais papa, il faut que j’aille brosser mes dents.
- Comment ça brosser tes dents? Tu les as brossées tout à l’heure.
- Je viens de manger, il faut que je me brosse les dents.
C’est pas vrai! Dors, mon vieux! Je veux aller mon film maintenant.
- On va faire un spécial. Pas besoin de te brosser les dents.
- Mais je vais avoir des caries!
C’est ça le problème avec les enfants. Ils savent toujours sortir l’argument infaillible au « bon » moment. Celui qu’on leur a nous-mêmes martelé si souvent.
- Les caries n’apparaissent pas en une seule nuit, tu sais!
- Mais C’EST TOI qui m’as dit qu’il faut TOUJOURS se brosser les dents quand on mange.
Échec et mat, il me tient sur toute la ligne. Techniquement, je ne peux pas lui reprocher de vouloir se brosser les dents. Ça, il le sait très bien. Et il sait surtout que ça va lui permettre d’étirer encore un peu le moment où il devra dormir. Son sourire triomphant alors que je maugrée « vas-y » montre bien qui a gagné cette partie...
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C'est samedi prochain le grand jour. J'ai programmé trois alarmes électroniques pour ne pas le rater! Un ami a même « emprunté » son père pour aller faire le pied de grue dans la file d'attente à sa place, en attendant de finir le boulot pour prendre ensuite la relève. Il ne s'agit pas ici de l'achat des billets pour le spectacle de U2 à venir, mais plutôt de la période d'inscription annuelle pour les cours de natation des enfants!
Le cauchemar se répète depuis 3 ans maintenant. Je rate systématiquement la pré-inscription en ligne, qui se remplit en moins de 2 heures. Le travail m'empêche souvent d'aller poireauter en ligne sur place, lors de la journée d'inscription officielle. Depuis 3 ans donc, l'angoisse commence à me prendre MAINTENANT, c'est-à-dire toute la semaine avant le jour J. Un stress aujourd'hui multiplié par deux, depuis l'arrivée de Toute-Petite.
Et là, je viens tout juste de rater — encore! — la pré-inscription de la mi-août. Mercredi dernier, devant mon macaroni au boeuf, j'en ai eu plein le casque, pour emprunter l'analogie aquatique. Et flûte alors, on oublie les cours cet automne. Nos deux marmots feront une pause, et j'en suis fort ravi!
« On ira nager en famille, pour le plaisir! » C'est Chérie qui m'a enlevé l'épine du pied. Sans le vouloir et malgré toutes mes vénérables intentions, j'étais en train déjà de noyer mes enfants dans le bouillon de la performance. Dans ma tête, les enfants doivent apprendre à nager dès 2 ans. Une vérité aussi naturelle qu'incontournable à mes yeux.
« Papa, on a fini de manger! Est-ce qu'on peut aller jouer? » Mon plus grand me sort de ma rêverie. Il n'attend pas ma réponse et se lance déjà sur la balançoire dehors, suivi de sa petite soeur.
Impossible de résister aux cris de joie. Je cours derrière avant même que Chérie n'ait eu le temps de réagir. Je me suis à fouiller frénétiquement dans le rangement, sous la galerie arrière. Curieux, mes enfants ont participé à la chasse au trésor. Ballon de soccer, vélos, bâtons de hockey, filet et balles, bâtons pour faire des bulles, sceaux à sable, parfait, on peut aller jouer!
On a déposé le butin dans la ruelle. « Quand j'étais petit, je pratiquais toutes mes activités préférées en même temps! À nous maintenant! »
Cinq minutes de soccer, suivant! Un ou deux lancées frappées... bah, je finis toujours par jouer tout seul. Et si on faisait du vélo? On enchaînait les activités dans un délicieux délire. À un moment donné, Toute-Petite essayait de grimper sur son vélo, le bâton de hockey coincé sous le siège, le ballon de soccer enfoncé dans son petit panier. Dans ce chaos enchanteur, on était tous hyperactifs en même temps! C'est l'appel du bain qui nous a arrêtés.
« Allez-y les petits choux, je m'occupe de ranger! » J'ai fourré la montagne d'accessoires sous le lilas, dans le coin du jardin! Ni vu ni connu, je me dis, en m'imaginant être devenu un cours instant le papa le plus cool de la terre.
Au bout du compte, je venais de remplacer 45 minutes de planification, de coups de téléphone, de changements d'agenda et surtout de stress pour trouver une place à la piscine par un moment de pure folie en présence de mes enfants. J'étais fier d'avoir ainsi pu éviter à mes enfants l'angoisse d'un automne engagé! Comme quoi la vie elle-même est en soi un long cours de perfectionnement!
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Chez nous, il y a deux stationnements. Celui pour la voiture, qui se trouve quelque part devant la maison. L'autre est réservé au sous-sol, juste en face de la télévision. C'est là où j'y parque les enfants sur le grand canapé brun. En semaine, le parcomètre n’est payé que pour une demi-heure, pas une seconde de plus. « Après l'émission, c'est le bain, d'accord les petits choux? » Je dis toujours la même chose, ils ne répondent même plus!
Je n'ai pas trop de remords, du fait que c'est la seule période de la journée ou Chérie et moi avons du temps seul ensemble. La touche « play » de l'appareil est notre équivalent du bouton qui peut déclencher la 3e Guerre mondiale. Go! 30 minutes au décompte sans interruption.
Elle me déballe sa journée entre deux assiettes sales à rincer. Je lui raconte ensuite les faits saillants de la mienne. Il me semble oublier des choses importantes à lui raconter. Je sors mon iPod où j'ai noté les points à discuter. « Je t'ai aussi donné accès à mon agenda électronique. Comme ça, on pourra mieux synchroniser nos vies! » Chérie, sûrement la dernière sur Terre à partager mon enthousiasme techno, me fait signe de déposer mon jouet et de continuer à passer le balai en même temps qu'on discute. J'allais lui citer une étude sur l'incapacité du cerveau humain à réaliser efficacement deux tâches en même temps, quand les enfants m'ont appelé. « Papa, viens écouter la télé avec nous! »
De toutes les décisions importantes à prendre dans une journée, celle-ci reste honnêtement pour moi la plus déchirante à trancher. D'un côté, j'aimerais bien finir la 4e parenthèse laissée en suspend tout à l'heure en discutant avec ma blonde. Ce temps de ménage est devenu l'équivalent moderne de nos petits moments passés à discuter tranquillement devant un verre, dans notre ancienne vie.
D'un autre côté, j'ai juste envie de me faufiler entre mes deux enfants, leurs petites têtes de poupées blotties contre moi. Un îlot de calme dans le flot déchaîné de la journée. Je les bouscule dès le réveil, mes pauvres trésors. Vite, on s'habille pour la garderie. Vite, on déjeune. Vite, dans l'auto. Toujours plus vite jusqu'au stationnement devant la télé... le seul moment où j'en profite pour aller faire du MÉNAGE!
Cette semaine, le non-sens m'a sauté au visage. Mon balai est tombé par-dessus le tas de petites graines. J'ai lancé la guenille de Chérie au fond de l'évier. Je lui ai attrapé la main pour la conduire jusqu'au canapé brun. On s'est glissé chacun dans le petit trou libre entre les enfants. On s'est collé les uns contre les autres pour faire une boule d'amour, comme le faisaient les gars dans ma série télévisée fétiche, Minuit le soir.
Pour oublier les soucis. Pour oublier les remords. Une pause simplement pour profiter du moment d'être en famille.
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Je stationne l'auto devant la maison de la gardienne. Depuis 4 jours, je prépare psychologiquement les enfants à l'accueillir.
- C'est ce soir qu'Amélie vient s'occuper de vous. Maman et moi allons manger au restaurant. Vous allez être gentils avec elle?
- Je ne veux pas la voir, gémit mon pré-pré ado.
- Moi non plus, lance le perroquet, du siège d'à côté.
Pourtant, les deux enfants l'adorent! D'habitude, ils s'illuminent quand je leur annonce sa visite! « Hey, qu'est-ce qui se passe avec vous deux? Elle va vous chanter vos chansons préférées, jouer avec vous, regarder la télé, de quoi vous plaignez-vous? » Deux babounes silencieuses. Bon, ça doit être une phase, je me dis.
« Vous lui dites “bonjour”, hein? » La portière s'ouvre et les enfants hurlent « Amélie! » J'essaie de comprendre la scène tout en saluant le petit rayon de soleil qui vient réchauffer l'atmosphère. Et c'est parti. D'habitude, c'est toujours Tout-Petit qui jase en continu. Mais là, il est silencieux et c'est Toute-Petite qui a pris le relais. Amélie, étonnée, me demande ce qui a bien pu se passer. « Ils traversent une petite phase », je lui dis. Une petite phase. Laisse-moi te raconter les petites phases. Et je lui déballe mon trop-plein.
Tiens, la semaine dernière, Papi et mamie sont venus nous visiter. Monsieur voulait manger avec son costume de Spider-Man, dormir avec, prendre son bain avec. On s'est chicané avec lui chaque fois. Il l'a porté pendant 3 jours, jusqu'au départ des aïeux. « N'essayez pas de comprendre, je leur ai dit, il est dans sa phase costume! » Sa soeur, rayonnante d'être en présence d'un superhéros, a crié Papa-gros-caca tout le weekend! Surtout à table. Franchement embarrassé, j'ai mis l'impolitesse sur le dos de LA phase.
Un peu avant, c'était celle du je-crache-au-visage-de-papa-pour-le-faire-rire. Les deux enfants faisaient semblant de me donner un bisou, un sur chaque joue. À la place, ils m'aspergeaient de crachat! Fou rire assuré, ils étaient vraiment heureux! J'étais furieux! « Je ne sais pas ce qui se passe, monsieur Raymond, votre fille s'est mise à cracher récemment". » C'était écrit dans son agenda.
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On arrive à la maison et on prend deux minutes, le temps à Chérie de donner
les instructions et de s'assurer une dernière fois du bonheur général. On
s'approche de la porte pour sortir. Toute-Petite va nous péter un plomb, on le
sait. Derniers bisous tout le monde. Au moment de partir, c'est le grand frère
qui s'effondre en larmes. Sa soeur nous envoie la main, rayonnante!
C'est peut-être ça, la magie des enfants. Toujours dans une phase à se
transformer, à nous réserver des surprises — bonnes ou mauvaises —, à sortir un
lapin du chapeau quand on s'y attend le moins. À travers ces phases, la vie nous
envoie un message : ne nous tenez pas pour acquis, chers parents, il faut nous
apprivoiser tout le temps!
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Chérie fouille dans son sac à main pour trouver ses clés. Elle cherche,
cherche, cherche encore. On reste plantés là dans l'entrée, devant tout le
monde, un hurlement de détresse en musique de fond. Dans la confusion la plus
totale, je hausse les épaules. « C'est juste une petite phase. » Mais il y en a
certaines auxquelles je ne m'habituerai jamais!
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J'arrivais chez elle tous les mercredis, les mains pleines de livres. C'étaient des histoires de princesses, des mésaventures de filles turbulentes et des encyclopédies sur les animaux. Elle, c'est la petite de 9 ans. Elle et moi nous nous sommes rencontrés par l'entremise d'un réseau de contacts. L'organisme de parrainage s'appelle J'apprends avec mon enfant. Il jumelle les bénévoles avec un enfant en difficulté d'apprentissage.
Au début, nos rencontres étaient aussi excitantes qu'une lecture imposée en classe. À la deuxième page, la petite s'assoyait sur la table, soupirait exagérément, m'arrachait le livre des mains pour en faire la lecture elle-même. Des comportements à éviter ABSOLUMENT, c'est écrit en noir dans la bible du parfait bénévole. Veux-tu descendre, s.v.p.? Arrête de bouger, veux-tu? Ne lis pas d'autres livres en même temps... Nos premières pages ensemble semblaient difficiles à tourner. Il fallait un peu de discipline.
On m'a jumelé à la petite aussi pour incarner un modèle masculin. L'autorité et l'inspiration, une double mission pour arriver à lui faire embrasser la lecture, la poésie des mots et la puissance de l'imagination. On peut nager dans la pauvreté, l'abandon, la colère et l'incompréhension. Mais les fées et les magiciens restent toujours dans la tête, prêts à recevoir l'ordre de dissiper momentanément la brume.
« Les livres et les histoires ont ce beau pouvoir, ma belle! » J'aimais lui faire ressentir mon amour inconditionnel des livres. On tombe amoureux de certaines histoires. D'autres, par contre, font surgir la tristesse ou simplement l'indifférence. Les livres sont toujours là, vieillissent avec toi, ne jugent jamais.
« Tu vas voir ma petite, les images vont bientôt se changer en graphiques, en tableaux, en appendices. Ces livres-là vont t'enseigner la vie, une profession, le bonheur, qui sait? Je te le souhaite. »
Petit à petit, elle descendait de son perchoir et s'approchait de moi, parfois. Elle a osé me prendre la main à deux reprises. Elle s'ouvrait un peu plus chaque fois.
Au beau milieu du livre imposé, la petite est devenue accroc à l'histoire. Mais la fin allait réserver une mauvaise surprise.
Je suis arrivé en retard quelques fois. J'avais beau appeler sa mère en route pour l'avertir, la petite m'accueillait quand même avec une brique et un fanal.
En revanche, je me suis cogné 3 fois à la porte fermée. Pas un coup de téléphone de leur part pour me le dire. Devant la porte, je pensais à mes enfants que j'avais pressés pour faire de la place à ma deuxième famille. La petite ne pouvait pas comprendre. Sa mère faisait semblant de ne pas comprendre.
Un soir, la petite m'a annoncé ne plus vouloir me voir. Pas de raison particulière, juste pour essayer quelqu'un de nouveau... La mère, qui ne se tenait jamais bien loin pendant nos séances, s'était rapprochée un peu plus cette fois-là. Juste pour s'assurer de l'exactitude du message. La manoeuvre était claire.
J'ai tenté de parler à sa mère, de lui faire avouer son insatisfaction si c'était le cas, de m'aider à comprendre. Tout est beau, disait-elle. J'ai trouvé le geste aussi lâche qu'hypocrite.
La semaine dernière, on a tourné la dernière page ensemble. Je lui ai souhaité bonne chance pour la suite des choses. J'étais triste, humilié aussi. En dernier mot, je lui ai fait promettre de ne pas abandonner les livres. Son avenir en dépendait. Peu importe les personnages qui passent dans les histoires, j'ai rajouté, ils laissent toujours une petite trace. C'est ce que j'aime imaginer.
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Un père est génétiquement programmé pour agir à contresens de la mère. C'est mon analyse darwinienne.
J'en ai eu la révélation quand je manipulais la machine à café, cette semaine. Le détail est très important, puisque je préparais le « café » au lait pour les enfants. Une tasse à espresso d'adulte remplie d'une goutte de lait chaud mélangée au chocolat en poudre, beaucoup de mousse, et 10 secondes de pur bonheur. Normalement, c'est le dessert. Moi, je l'ai donné avant le repas principal. Surtout avant l'arrivée de maman, partie enregistrer son émission de radio du dimanche. Erreur.
— Bonjour les amours! Vous n'étiez pas censés m'attendre avant de manger? — C'est ce qu'on a fait Chérie, on n'a pas encore dîné! — Pourquoi alors êtes-vous en train de boire du café au lait avec des biscuits? — Ben quoi, on en avait le goût, tout simplement! — ...
Ces fameux silences, qui ébranlent plus que mille reproches. Ils ne laissent aucune réplique possible, seulement les remords.
Mais des remords pour quoi, au fond? Je me suis alors demandé pourquoi il fallait toujours faire les choses normalement. La normalité, c'est l'univers de maman. La liste des objets à se rappeler avant de partir en voyage : débarbouillette humide, vêtements de rechange, tous les groupes alimentaires font partie des collations et des repas, un chandail contre le vent frais, un léger chandail pour l'air chaud, et j'en passe.
Mon instinct paternel, lui, prend une forme plutôt minimaliste. Un brin de soleil se montre et hop!, les gilets sans manches, les shorts et les sandales. Pour lire dans l'agenda des enfants, quand je passe les chercher en fin de journée, la note de l'éducatrice qui suggère fortement de prévoir des vêtements plus chauds à l'avenir!
Ou bien les batailles avec mon garçon, juste après le souper. Je l'admets, il a déjà vomi après une séance intense de tourniquet aérien. Mais on avait tellement rigolé juste avant! Et ma petite fille, que j'adore chatouiller. Un conseil, messieurs, évitez de le faire à table, en mangeant... Fou rire et craquelins secs ne font apparemment pas bon ménage!
Sans parler de ma dernière visite monoparentale chez mes parents à Sherbrooke. J'avais oublié d'apporter la suce de Toute-Petite et son biberon... Et quelle crise elle avait piquée, à la hauteur de L'Ange-Gardien, pendant les 90 minutes qui nous séparent de la destination! Si Chérie avait su que j'avais aussi oublié les couches et sa poupée préférée, j'étais cuit! Heureusement qu'après, mes grimaces incessantes et la rencontre avec ses grands-parents ont enfin réussi à lui enlever ce petit teint écarlate qui semblait lui coller à la peau.
Ce sont ces situations magiques qui, au fond, rendent la présence de papa si éblouissante, rafraîchissante, déstabilisante même! Ces oublis, ces moments d'inattention, ces désinvoltures créent la sensation de vivre une aventure chaque fois!
Chérie dit que je pourrais m'en passer. Elle a sûrement raison! Mais moi, je préfère lui montrer le bonheur multiplié des enfants qui retrouvent la sécurité, le réconfort et l'attention minutieuse de leur mère après.
Et à quel point, au fond, on forme une merveilleuse équipe. Bonne fête des Pères!
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Je vois mes enfants grandir à vue d'oeil. Souper après souper, mes Tout-Petits s'assoient toujours un peu plus haut à table.
Devant Chérie, je contemple ma famille et je bombe le torse. Aujourd'hui, je me considère comme un vrai un homme, bien assis à la place du père à table. Pas celui qui prononce le bénédicité. Pas un homme au sens où j'ai dévissé la tête d'un adversaire au bout de la patinoire. Un homme dans ma contribution à la création. Et quelle responsabilité à assumer!
« Papa, à la garderie, Untel-Eudes m'a poussé et je suis tombé par terre! » Mon fils termine sa phrase et déjà, je me vois déjà à la rescousse, en train de secouer l'assaillant la tête à l'envers. « Et toi, tu as réagi comment? », je lui demande. « Bien papa, j'ai rien fait! »
Mes conseils s'imposent d'urgence. Chérie me fixe intensément, attend mes sages paroles. Toute-Petite me dévisage, me dit que j'ai un gros nez... Tout à coup, je me sens propulsé sur la tribune du Conseil de sécurité de l'ONU. Je me prononce.
« Mon garçon, quand on te pousse, tu repousses encore plus fort! Après, tu vas dénoncer l'agresseur à l'éducatrice! » Mauvaise réponse, à en juger par les yeux exorbités de Chérie. Je sais qu'elle rage, à voir la vigueur avec laquelle elle pique sa salade. Pourtant, j'avais mûri ma réflexion depuis longtemps. Dans une autre situation semblable, Chérie lui avait bien déjà conseillé de se rendre directement à l'éducatrice pour rapporter la situation. Mais la stratégie m'a toujours paru incomplète... Il manquait la riposte défensive. La claque qui défoule sans incriminer et envoie un signal clair : tu ne me toucheras plus, bonhomme, j'ai pas peur de toi. Un message pour l'agresseur. Mon message à mon fils.
Pendant un court instant, on s'entend respirer, entrecoupé du bruit des ustensiles dans l'assiette. Puis, l'Assemblée se manifeste.
— Non, Danny, on ne leur apprend pas à frapper! [Espèce de gars, toujours prêt à vouloir frapper!]
— Mon amour, le karaté donne le droit de répliquer à une attaque, non? [C'est bon comme exemple! Puis c'est assez les moumouneries! J'imagine que tu voudrais discuter!]
— Je veux bien, mais on parle d'enfants au CPE! [Cowboy, on ne se fait pas justice soi-même!]
Les enfants écoutent très attentivement notre échange en ping-pong. Tout-Petit déballe ses scénarios. « La prochaine fois, papa, je vais lui envoyer des lasers ultraviolents dans les yeux pour le faire dormir et puis un coup au coeur et il arrêtera de respirer, et puis... » WO les moteurs, Destroyer. Je veux bien t'apprendre à te défendre, mais fais comme moi et contiens tes fantasmes!
Et là, il y a les yeux de Chérie. Deux boules de feu qui me décochent un regard que l'on peut traduire par « Bravo! Regarde ce que tu viens de déclencher! » Ma petite fille, qui veut bien participer au chaos, y va d'une description de torture bien à elle. J'interviens pour calmer l'atmosphère. « Écoutez-moi bien les enfants. On ne frappe jamais, on ne mord jamais, on ne fait jamais mal à un ami... en premier! »
Chérie allait exploser quand fiston a essayé de m'écraser la main, en réplique à mon petit coup de pied décoché sous la table (diversion oblige!). À la place, son bras frappe le jus de raisin qui m'explose dessus! Je n'ai même pas eu le temps d'une réaction quand j'aperçois un sourire rayonnant. « Vous voyez les gars, les batailles finissent toujours mal! » Et vlan dans les dents!
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Mon fils entretient une relation trouble avec les mascottes. Je l'ai compris à notre dernier voyage de rêve à Disneyland. Ah! Disneyland, un monde parfait bâti sur mesure pour les enfants. Les ballons multicolores flottent sur des bouffées de sucres d’orge. Notre hôtel joue les airs de notre enfance. Pendant que Chérie nous inscrit à la conciergerie, je remarque un attroupement d'enfants au fond du hall.
Quand ça va trop bien dans la vie, une tuile vous tombe inévitablement sur la tête. La tuile, c'est Dingo-la-Gaffe, mon personnage maudit. Pour Chérie, c'est le signe magique d'une semaine de rêve à venir! Pour moi, c'est un monstre d’insignifiance qui promène 8 pieds de poils et un sourire niais. Maman me fait signe d'aller faire la queue : elle veut une photo de fiston avec Dingo. Une demi-heure plus tard, il accueille Tout-Petit avec des simagrées. Rien de mieux qu’un bon silence pour mettre tout le monde à l’aise. Les yeux exorbités, Junior est tétanisé sur place. Devinez à qui revient la responsabilité de briser la glace? Votre serviteur! En plus, Dingo est muet en anglais. Aussi maladroit que la peluche, j'essaie de traduire ses signes.

« Ne pleure pas, mon gars, il ne te veut pas de mal, il essaie seulement d'être gentil avec toi! » Les sanglots empirent. Je me tourne vers Dingo. « He’s just a little bit affraid Mr. Dingo. And sorry, we only speak French… » Pourquoi est-ce que j'ai dit ça? C'est la fébrilité. D'habitude, j'ai le mode relations publiques facile, mais là, ne pas parler avec une mascotte reste ma première expérience!
Le malaise s'installe. Comme ces secondes de silence qui vous séparent du premier baiser. Le pauvre Dingo se donne à fond dans la gestuelle pour arrêter mon fils de hurler. Chérie règle tranquillement l'appareil photo, et me fait signe de me coller un peu plus, de sourire, de me redresser... Les autres parents retiennent leurs marmailles à 2 mains et tout le monde attend le moment magique. « Well, would you like to hug Dingo? » J'ai lancé la phrase, sans trop penser. Le petit est terrifié et moi, dans un éclair de génie, je le force au câlin. Je le soulève de force pour l'amener vers Dingo, mais il se débat vigoureusement. Il me balance accidentellement son meilleur coup de pied dans l'entrejambe au moment où Chérie prend la photo. Clic! Je dépose le petit qui n'a jamais arrêté de courir et décampe en flèche. Tordu de douleur, je sens une grosse paluche me tapoter le dos.
Chérie avait raison, Dingo est VRAIMENT un signe magique!
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Je ne le sais pas pour vous, mais mes enfants sont devenus ados du jour au lendemain. Surtout ma dernière. Pas plus haute qu'un panier à vêtements, elle lance des « ouais » du haut de ses 2 ans et quelques pois. Ça ressemble plus à « ouah », en fait. Je ne vous parle pas de mon fils qui l'est déjà depuis un bon bout. Il veut déjà mes clés de voiture pour aller jouer aux superhéros avec ses chums de la garderie.
Quand je passe le chercher, le soir, il me défie avant de me dire bonjour. « Papa, papa! Es-tu plus fort que Spider-Man? Lui, il peut voler très haut dans le ciel. Et il combat toujours les méchants! »
Toute la classe me regarde et attend la réponse, la bouche ouverte. Eh... Je n'ai pas tout de suite su quoi répondre... J'avoue avoir été pris de court la première fois. J'étais coincé à démêler 2 pensées en même temps.
1) Est-ce que la garderie l'ennuie au point où il se réfugie dans un monde parallèle? Sais pas. 2) Oh non, il se révolte déjà! Le vlimeux, il me casse les reins en me comparant désavantageusement aux superhéros! Pour être certain de me voir perdre et m'humilier. Peut-être...
J'étais bien nerveux, mais il faut me comprendre, je n'étais pas encore devenu un superhéros à ce moment-là! Et comme je ne deviendrai jamais psychologue, j'ai mis tout ça sur le dos de son ami S., l'influence malsaine certaine, avec sa manie d'arriver à la garderie 1 matin sur 2 déguisé soit en Spider-Man « noir », soit en Batman!
Une porte de classe s'ouvre et un ami se propulse à l'extérieur. Hiiiii, j'interpose ma main entre la grosse poignée et la tête de mon Coco! Ouf, sauvé de peu...
Mon fils ne s'est aperçu de rien. Il continue à me raconter comment Iron Man peut soulever des voitures. « Es-tu assez fort pour soulever notre auto dans les airs, mon papa? » Là, je lui avoue tout.
— Mais bien sûr, mais je ne peux pas le faire maintenant, ça serait trop dangereux avec les enfants autour, et tout ça. — Moi, je suis capable de disparaître, il me dit, en plaçant ses doigts d'une drôle de manière et en fermant les yeux.
On se défie amicalement, à défaut de jouer à celui qui fait pipi le plus loin. Pas devant les enfants, quand même! Pendant ce temps, ma petite fille (que j'ai eu le temps d'aller chercher à l'autre étage pendant que se déroule toute cette histoire, sans que ça paraisse!) s'amuse à courir en regardant les nuages. Mon fils me questionne encore pendant qu'elle marche tout droit vers les escaliers, la tête en l'air.
« As-tu des pouvoirs magiques, papa? » Juste le temps d'attraper Toute-Petite par le collet avant la catastrophe, puis : « Tu sais, mon gars, mon bisou magique qui guérit les bobos? » Satisfait, il s'élance vers notre voiture, stationnée juste devant le trottoir, suivi de la petite, qui fait toujours pareil. « C'est moi qui cours le plus vite », je lance, pour bloquer à temps mes 2 marsouins qui allaient se faire frapper par la bicyclette à fond de train sur le trottoir.
— Tu sais tout faire ça, papa? C'est toi le plus fort!, me dit mon garçon. — Surtout les enfants, ne le dites à personne, OK? Un vrai superhéros s'arrange toujours pour sauver le monde sans qu'on le sache!
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Le dimanche, les enfants ont leurs cours de natation. Tout-Petit nage maintenant dans le groupe des salamandres sans parents. J'ai demandé à sa monitrice si ça voulait dire qu'il prépare lui-même son sac, saute dans le premier bus et s'en vient nager tout seul. Vous avez parfaitement raison, pour la dernière partie seulement, m'a-t-on dit. Je devrais faire attention avant d'exprimer mes fantasmes en public... Revenons à nos poissons.
Donc, pendant que Tout-Petit nage sans parents dans la piscine (j'ai compris le concept quand je suis arrivé au premier cours avec fiston, tout mouillé par la douche obligatoire, le seul tarla que j'étais avec 10 enfants qui me souriaient comme un poisson-clown...). Soeurette, elle, papote 1 semaine sur 2 avec l'aide de maman ou de moi. L'autre parent lésé (ou avantagé, selon le point de vue) s'assoit dans les estrades pendant ce temps-là et participe à un drôle de rituel.
L'aréna et la piscine résident dans le même complexe sportif. Estrades pour estrades, les parents de la piscine ont l'air du groupe de génies en herbe de la petite école (votre auteur préféré y compris), 25 ans plus vieux! Certains lisent leurs notes de cours. D'autres parcourent le journal. Ceux qui n'étudient pas encouragent leurs marmots. Mais tous respectent rigoureusement un code non écrit. Encouragez vos enfants si vous le voulez, mais ne dérangez pas la monitrice, n'utilisez que les mimes ou le langage des signes.
D'abord, tous nos enfants sans exception cherchent désespérément nos encouragements à un moment ou à un autre (souvent le moins opportun, la tête à demi noyée, ils font des tatas à papa-maman!). Et nous, en haut de notre perchoir, on frappe des mains, on lève le pouce (c'est beau mon gars!), on fait des gros OUI de la tête. Comme c'est écho, on ne peut pas vraiment crier notre admiration. Ni nos réprobations, d'ailleurs.
Une fois, en attendant leur tour de nager avec la monitrice, mon garçon et son ami se sont disputé un flotteur. Mon fils le lui arrache et l'agite fièrement au-dessus de sa tête, pour bien montrer sa victoire. Il n'y a pas un adulte à l'horizon pour faire la discipline, nous sommes tous cloîtrés dans les estrades! Un peu honteux, je scrute autour pour essayer de croiser le parent de l'enfant débouté. Je me dis qu'un clin d'oeil ou un « désolé » avec les épaules compenserait la rudesse de mon fils. Personne ne me regarde. Mon fils le nargue en faisant semblant de le lui prêter et le garde à la dernière minute. Je suis debout, maintenant, en train de faire des papillons avec les mains pour le réprimander à distance. Le temps de trouver comment exprimer « faut partager » avec les mains et hop! ils étaient retournés dans l'eau.
Je vais toujours le retrouver à la pataugeoire, c'est le petit moment du clapotis tranquille. Là, les parents ont le droit de s'approcher de l'eau. La monitrice vient habituellement nous résumer la performance de nos grenouilles. « Votre garçon riait tout le temps aujourd'hui! Il m'a dit que vous étiez un papa très drôle, toujours en train de faire la marionnette! » Oh, non, la honte! Prochaine visite dans les estrades, j'arrive avec journaux ET mes notes de cours!
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La tablée de Pâques ressemble à un copié-collé du buffet de Noël. Levée de rideaux : tadam! Les plats regorgent de viandes succulentes et de mets sucrés salés. Les assiettes sont décorées avec de petits morceaux de chocolats parsemés tout autour. Le type de réception où on n'a plus faim après la première entrée. De l'abondance, du flafla, c'est théâtral.
Les convives sont invités à s'asseoir. Non, ils décident plutôt de se lever, verre à la main. « Toutes nos félicitations à la chef de la maison! » On répète l'adresse pour imposer le silence. J'attends le son de mon nom. Une fois, deux fois, trois fois même (une si belle table, ça excite!)... « Un gros merci aussi à Danny. » La fête de Pâques a eu lieu dans notre maison, chez moi.
Et là, Mesdames et Messieurs, j'ai aussitôt compris pourquoi la liste des personnes remerciées aux galas de prénoms (Oscar, Félix, Olivier) est interminable. À vous, techniciens des fêtes de famille de l'ombre, laveurs de tables négligés, sorteurs d'ordures, déménageurs de chaises pliantes, passeux d'aspirateur de dernière minute, je vous dédie ma chronique.
[Musique]
Chers pères, à vous tous qui courez à l'épicerie de toute urgence pour acheter du pain au LEVAIN. « Tu vas voir, c'est facile, ça se trouve en 5 minutes », vous disent les chéries du monde. Pour vous appeler sur votre cellulaire après un moment, pour vous demander de vérifier a) si vous avez trouvé le fameux pain au LEVAIN b) si vous en êtes bien sûr!
Aux hommes d'arrière-scène, à qui on a demandé de ranger les souliers dans l'entrée. Donc 30 minutes consacrées au tri de la collection de chaussures assorties de votre conjointe, plus 3 secondes pour lancer votre seule et unique paire de chaussures tout usage usées à la corde au fond du garde-robe.
À tous ces dévoués, à qui on a demandé de déplacer la table à manger 6 fois pour voir son effet, pour enfin revenir à sa place initiale parce qu'elle y était parfaite comme ça.
Aux pères attentionnés, impliqués, qui ont pris l'audacieuse initiative de vêtir eux-mêmes les enfants le matin d'une cérémonie aussi prestigieuse. Et qui ont vu leur progéniture courir avec des habits complètement différents, une demi-heure plus tard. Peu après l'arrivée des grands-parents.
À ceux à qui on a demandé si gentiment de sortir les chaises de parterre, dans le rangement sous la galerie. « Elles sont juste là, en dessous », vous dit nonchalamment votre épouse. Vous seuls savez, au fond, qu'elles sont camouflées le plus loin possible, derrière les pneus, les vélos et la terre à jardin. « Un petit coup de guenille leur ferait du bien, aussi. » Ça, ça veut dire les passer au détergent pour enlever l'espèce de suif imprégné. Un quart d'heure après, vous êtes toujours en train de les astiquer dans la ruelle, et qu'on vous sort : « C'est pas nécessaire de les frotter autant! », mes hommages.
Les gars, je vous lève mon verre. Mais juste avant, je dois y aller. Je n’ai pas encore terminé de vider le lave-vaisselle!
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