La maman d'aujourd'hui est-elle victime du mythe de la mère parfaite, maternelle, disponible et nourricière?
Oui, dit la philosophe et féministe française Elisabeth Badinter, qui a sorti la semaine dernière un livre explosif sur le sujet : Le conflit, la femme et la mère. La maternité serait aujourd'hui tellement valorisée qu'elle nuirait à la liberté de la femme; même à la parité.
Selon elle, il existe une « guerre idéologique souterraine » et un « retour en force du naturalisme » qui est en train de défaire tout le beau travail des féministes.
Les féministes ont essayé de nous amener sur le marché du travail et de nous faire partager les tâches du foyer, mais la mère d'aujourd'hui se remet des boulets aux pieds.
Non seulement elle doit allaiter 6 mois exclusivement et à la demande (pourquoi pas le biberon, c'est tellement pratique!?), mais elle fait en plus ses purées maison (et les petits pots alors?), met des couches lavables (c'est jamais le mari qui fait les machines!), garde son bébé longtemps à la maison (pourtant, les pouponnières prennent les bébés dès 2 mois, non?)...
Pour Elisabeth Badinter, c'est un retour en arrière clair et net.
On renvoie les femmes à la maison, au nom de ce modèle maternel idyllique. D'ailleurs, on essaie de nous faire croire à un « instinct maternel », tandis qu'il n'existe pas (dit-elle). « C'est une réduction de la femme au statut d'une espèce animale, comme si nous étions toutes des femmes chimpanzés », dit-elle dans cette entrevue au grand quotidien français Libération.
Autant dire que la Ligue la Leche est l'un de ses ennemis publics numéro 1, tout comme la pauvre députée française qui a eu la bonne idée de taxer les couches jetables.
Quant au bébé? « Le pauvre bébé, lui, tient sa mère prisonnière : la mère est au service des besoins de son enfant, elle doit se plier à ses horaires, il trône parfois dans le lit conjugal », dit-elle ensuite.
Eh bien, vous savez quoi?
Je suis infiniment fière d'être au service des besoins de mon enfant. Je suis infiniment fière de me plier à ses horaires, et je suis infiniment fière de ressembler à une femelle chimpanzé, surtout quand je tiens ma fille au bout du sein pendant que je consulte mes courriels ou que je réponds au téléphone.
Cette aventure-là, qui nous fusionne avec notre enfant, dure tout au plus 5 petites années. C'est quoi, 5 années de bonheur intensif, saupoudrées d'un peu d'esclavage maternel volontaire, sur toute une vie?
Et si, contrairement à ce qu'elle dit, ce féminisme libérateur des années 60 nous avait au contraire éloignées des besoins fondamentaux de nos enfants?
Peut-être que féminisme et maternité ne sont pas toujours faits pour s'entendre...